Entretien avec Charles Sire, scripte du film Le Masque Arabe
17 05 2008Salut Charles, tu a occupé le poste de scripte durant le tournage du Masque Arabe, quel a été ton parcours avant d’en arriver à scripte ? Qu’est-ce qui t’as le plus marqué dans ton parcours, dans ta formation ?
Parallèlement à mes études, j’ai bossé pendant plusieurs années dans un cinéma d’art et essais en banlieue parisienne (”Les Toiles” de St Gratien) que je fréquentais beaucoup avant même d’y travailler ; en plus mes parents possédaient une collection de VHS qui me donnait le vertige quand j’étais plus jeune : j’ai tellement vu Manhattan que la cassette est devenu presque illisible…
En ce qui concerne mon parcours, j’ai eu le privilège de démarrer en tant qu’assistant scripte sur le dernier film d’André Téchiné, “Les Témoins”, sur lequel il y avait parmi les meilleurs comédiens et techniciens du cinéma français. Je pense que ça a considérablement accéléré ma formation. J’ai plus appris la 1ère semaine du tournage que lors de mes cinq derniers mois de cours à l’école…
J’ai eu la chance de rencontrer quelques scriptes renommées dans le métier qui m’ont prouvés de plusieurs façons qu’elles avaient confiance en moi, ce qui n’est vraiment pas négligeable quand on commence à peine sa carrière. Après j’ai bossé sur d’autres longs métrages en tant qu’assistant et sur beaucoup d’autres courts en tant que scripte. J’ai pu combler des lacunes, améliorer des choses dans ma façon de travailler mais je pense qu’on ne termine jamais complètement sa “formation” dans ce métier tant qu’on à la chance de rencontrer des gens nouveaux qui vous font partager leurs expériences: c’est d’ailleurs ce qui fait pour moi la plus grande richesse de ce métier qui est aussi une passion. Mais pour répondre à ta question et être complètement honnête, ce qui m’a plus marqué, le tout premier jour de mon premier tournage, c’était la profusion de nourriture à la table régie…
Comment es-tu tombé dans l’aventure Masque Arabe ?
Grace à Alexandre Boussat, qui interprète Chevalier dans le film, avec qui j’avais déjà travaillé sur un court et avec qui je m’étais très bien entendu. Il m’a téléphoné un jour pour me parler du film et savoir si j’étais intéressé et dispo. Comme je travaillais en même temps aux laboratoires Eclair d’Epinay, ça a failli ne pas se faire, mais finalement… J’ai rencontré Guillaume une semaine ou deux avant le début du tournage et j’ai pu apprécier sa vision et sa détermination.
En quoi consistait ton poste sur le Masque Arabe ?
Le travail du scripte n’est pas forcément très clair pour quelqu’un qui n’est pas dans le métier. C’est un peu le disque dur, la mémoire du tournage. Il y a évidemment les “raccords” - soit de gestes, de costumes, d’accessoires, de maquillage - entre les plans et les séquences. Plus important, il faut penser au montage : c’est à dire aux enchaînements entre séquences, aux regards des comédiens lors des champs contrechamps, par exemple… Il faut également s’assurer que le scénario soit bien respecté - que certaines répliques ne soient pas oubliées ; à la cohérence du scénario en cas de léger changement de texte ou d’actions… Evidemment, il faut retranscrire tout ça sur papier, soit directement sur le scénario, pour moi, pour les prochains jours de tournage ; soit sur un rapport pour le monteur qui lui ne voit rien du tournage. Le scripte a également un avis sur la mise en scène : cela m’est donc arrivé de donner des conseils à Guillaume, tout comme Xavier, le chef-op.
Parle moi de cet énorme bloc note que tu avais tout le temps sur toi sur le tournage ? C’est un très bel objet, que devient-il après le tournage ?
Si tu fais allusion au scénario sur lequel j’ai écris, rayé, dessiné, accroché des Polaroïds… Il a rejoint les autres scénars des autres films sur lesquels j’ai bossé. Il m’arrive encore de le feuilleter quelquefois. Si tu penses au bloc note avec les feuilles roses: c’est en fait là dessus que je décris chaque plans (mise en scène, dialogues couverts, particularités de chaque prises, conseils pour le montage, réflexions du réalisateur…) et dont j’ai envoyé les doubles au monteur du film (par l’intermédiaire de Guillaume). Les restes des cahiers sont également chez moi, ils prennent gentiment la poussière…
Quels on été pour toi les particularités techniques et artistiques du Masque Arabe ?
C’est un film artistiquement ambitieux avec des moyens limités. Mais il vaut mieux ça que l’inverse, non ? Plus sérieusement, il y a à la base de cette aventure un scénario intelligent, accrocheur et extrêmement bien documenté qui est je trouve bien servi par la mise en scène de Guillaume et le cadre de Xavier, le chef-op. Je pense d’ailleurs que ce dernier ne s’est pas encore remis physiquement de ce plan séquence de 3/4 minutes à la glide-cam sur 200 mètres de distance où il a du descendre/monter des escaliers, courir, s’arrêter, se retourner, se baisser… sans jamais perdre les comédiens du champ de la caméra !
Comment s’est passée la relation avec le réalisateur ? les techniciens ? Les acteurs ?
Ça restera un excellent souvenir… d’autant plus que le tournage a été assez long, on a pas mal changé d’endroits, de décors, etc. Travailler avec Guillaume est un plaisir pour un scripte car il était assez serein sur le plateau, attentif aux remarques et conseils qu’il m’est arrivé de lui donner, et il communiquait beaucoup avec moi et les autres techniciens (l’image, le son, la déco…). Je crois qu’il y a eu une entente entre les membres de l’équipe assez forte. Chacun a respecté le travail de l’autre, ce qui n’est pas toujours le cas sur un plateau avec de jeunes techniciens. Il en reste de très bons souvenirs sur et en dehors du plateau. C’est pareil pour les acteurs qui ont participé à la bonne ambiance générale du plateau et qui se sont tous montrés très professionnels et courageux. Je pense pour certains aux longues heures d’attente dans le froid du port d’Ivry. Avec quand même, une pensée spéciale pour Alexandre Boussat, qui joue Chevalier, avec qui j’avais déjà travaillé sur un court-métrage, que j’ai revu sur un long et qui est un vrai “copain de cinéma” et j’espère bien que nos carrières respectives se croiseront de nouveau.

Un petit commentaire sur la photo ?
Elle correspond à une des phases les plus importantes du boulot, c’est à dire l’observation de la prise où il faut essayer d’avoir un oeil sur le cadre proprement dit (repérer les éventuels intrus comme une perche, une ombre,… bref tout ce qui n’a rien à faire dans l’image) et un autre sur l’action tout en se demandant si ce plan pourra être « montable » avec le plan précédent et celui qui suivra et enfin une oreille attentive aux dialogues et aux éventuelles perturbations sonores. Si je ne me trompe pas cette photo a été prise sur le port d’Ivry fin septembre pour la grosse scène d’action du film avec courses poursuites et fusillades qui a, à jamais, altéré les capacités auditives de la moitié de l’équipe technique ! Je crois que c’est ça qu’on appelle un bon souvenir !